lundi 31 décembre 2012

La paix des profondeurs - Aldous Huxley

La paix des profondeurs - Aldous Huxley

Surtout connu pour Le meilleur des mondes, Aldous Huxley a aussi écrit plein d'autres livres, notamment Ile, l'année précédent sa mort, une utopie faisant la synthèse des idées développées par Huxley le long de sa vie. Cela tient presque plus de l'essai que du roman, mais j'ai été vraiment marqué par cette lecture. Et je me suis donc procuré La paix des profondeurs, trouvé par hasard sur les étals d'un bouquiniste ... et j'ai sacrément bien fait.

Il m'est difficile de parler de La paix des profondeurs. Sur ce plan, il me rappelle L'immortalité de Kundera : un roman non linéaire, frisant parfois avec l'essai, développant un grand nombre d'idées et à la trame globale très décousue. Et toujours comme dans L'immortalité, le synopsis à l'arrière du roman est très révélateur de ces particularités :

"La paix des profondeurs a été publié il y a quarante ans (1937) mais les thèmes les plus actuels y sont traités : révolte contre la société industrielle, surpopulation, pacifisme, lutte pour un socialisme «humain », souci de la fatalité totalitaire du communisme, signification de l'érotisme, avortement, homosexualité, drogue, révolution, «gourous », quête mystique, valeur et limites de la science et de l'art. Aldous Huxley n'était pas un prophète visionnaire. Mais il était de ceux qui participent, à la transformation du monde. Ses projets romanesques sont devenus les réalités d'aujourd'hui."

L'histoire s'articule autour d'Anthony Beavis et de ses nombreuses fréquentations. Anthony est sociologue, mais l'auteur nous offre des morceaux de vie s’étalant de son enfance, pendant laquelle il a perdu sa mère, à sa vie de jeune adulte puis d'homme accomplit. Cette construction non linéaire, où chaque chapitre se déroule à des dizaines d'années du précédent, est totalement réussie, d'une clarté étonnante. Le tout se déroule dans un contexte social aisé et intellectuel. D'ailleurs, il faut savoir que ce roman est presque autobiographique : ce n'est pas un hasard si Hugh, le personnage qui écrit un roman, le fait sur sa propre vie. Huxley a une culture incroyable, et cela se sent. Les références sont nombreuses, et l'on pourrait croire que les personnes ne possédant pas le bagage culturel adéquat seraient larguées, mais je pense que cet écueil est évité. Après tout, j'ai moi même plus qu’accroché sans saisir la moitié des références ou les quelques phrases en latin.

La paix des profondeurs est un roman humaniste, bourré d'idées, de réflexions. Si un bon nombre me passent un peu au dessus de la tête, nombreuses sont celles qui me touchent, et j'ai relu certains passages plusieurs fois pour essayer de m'en imprégner. Nul doute que chacun peut y trouver de quoi sortir grandit de sa lecture. 

635 pages,1936, Folio.
Deux autres avis intéressants sur le livre : ici et ici.

mardi 25 décembre 2012

Le double - Dostoïevski

Le double - Dostoïevski

Le double est le second roman de Dostoïevski, et il a reçu un accueil critique plutôt défavorable à sa publication, en 1846. On y suit Goliadkine, un personnage perturbé (et pas qu'un peu) qui va se retrouver face à un double de lui même, un double peu amical ...

Goliadkine est un petit fonctionnaire. Un personnage plutôt banal empêtré dans la bureaucratie, comme en en trouve chez Kafka ou encore Gogol. Et dès le début, on fait face à ce qui est, à mon sens, le plus gros défaut du récit : tout est assez confus. On ne comprend pas vraiment tout ce qui se passe dans la tête de notre héros. Certes, il est évident que c'est un choix stylistique de l'auteur pour nous faire ressentir les tourments de son personnage, mais tout de même ... Il y a un nombre assez incroyable de répétitions, d’expressions ou de noms propres qui reviennent deux, trois, quatre fois dans une seule phrase. C'est sur, cela nous met bien dans la thématique du double, mais se taper sans arrêt des "Non, s'il vous plait, Antoine Antonovitch, je ... vous ... voyez-vous, Antoine Antonovitch, je crois, Antoine Antonovitch, que je ne me suis pas bien fait comprendre." et autres répétitions, c'est un peu lourd. Il y a même une page où le nom de ce fameux Antoine Antonovitch est cité pas moins de treize fois. Sans compter que Goliadkine ne cesse de changer d'avis, de ne pas savoir ce qu'il veut, de revenir sur ses décisions ... sa confusion déteint sur le lecteur, au détriment de la clarté de l'intrigue. Je crois que je suis passé passé un peu à coté de cet effet de style qui couvre tout le roman, il m'aurait paru plus naturel qu'il soit intégré plus progressivement, pour souligner la perte de raison de Goliadkine.

Quoi que, on est en droit de se poser la question : Goliadkine devient-il progressivement fou ou l'est-il dès le début ? Ou alors ne l'est-il pas du tout, peut-être est-ce le monde qui est fou. Car le monde ne semble pas s'émouvoir particulièrement quand le double apparait, et pourtant, il a le même nom et exactement le même physique que notre héros. Et tous trouvent ça normal, personne ne se rend compte que Goliadkine se fait littéralement pourrir la vie par son double. Donc, la question se pose : le double existe-t-il ailleurs que dans la tête de notre héros ? Le double a tout ce que Goliadkine n'a pas : l'aisance en société, un charme naturel, un incroyable talent pour lécher les bottes de ses supérieurs ... Et tous ces atouts vont croissant alors que le vrai Goliadkine chute de plus en plus rapidement : à travers son incapacité à s'exprimer, sa peur des complots et sa permanente confusion, il effectue un véritable suicide social. Et son double (lui même ?) l'enfonce toujours plus.

Au final, dans Le double, Dostoïevski adopte un style qui retranscrit à merveille la frénétique lutte intérieure de son héros. Dommage que cela nuise à la clarté du récit et au plaisir de lecture. En dehors de ça, Dostoïevski reste un auteur génial, et il nous livre ici un bon roman. Mais il fera plus tard beaucoup mieux sur le même thème (folie et suicide social) avec Le sous-sol, qui lui est bel et bien un chef d 'œuvre.

250 pages, 1846, Folio

samedi 22 décembre 2012

Un bonheur insoutenable - Ira Levin

Un bonheur insoutenable - Ira Levin

Ira Levin a écrit pas mal de livres qui furent adaptés en film, dont le plus célèbre est Rosemary's baby. Et une fois n'est pas coutume, en ce qui concerne Un bonheur insoutenable, je trouve que le titre du bouquin en français est plus réussit que l’orignal : This perfect Day.

Un bonheur insoutenable est donc une dystopie. Et les dystopies, j'aime ça. Commençons par le commencement : l'univers. Le monde ne forme plus qu'une seule grande nation appelée la Famille, et ses habitants ne sont plus des "citoyens" ou même des "hommes", mais des membres de la Famille. Chaque membre doit régulièrement se soumettre au traitement. Ce traitement contient divers vaccins mais surtout de nombreuses substances chimiques qui ont pour effet, entre autres, de réduire les besoins sexuels, de limiter l’agressivité, d'annihiler tout volonté d’auto-détermination, en bref, de transformer chacun en un imbécile heureux. D'où le tire original comme le titre français. De plus, les membres se ressemblent tous : non seulement ils ont presque le même physique (il y a un modèle masculin et un modèle féminin, répétés à l'infini), mais ils ont tous le même nom : il en existe quatre pour chaque sexe. Et ce ne sont même pas les parents qui décident quel nom choisir entre les quatre possible, non, c'est Uni. Uni, c'est l'ordinateur qui contrôle le monde. Il n'a pas pris le pouvoir par la force, loin de là, il a été programmé par des hommes. C'est lui qui décide par exemple que chacun doit vivre 62 ans, ni plus ni moins, pour des raisons purement pragmatiques d’efficacité.

Le squelette de la trame du roman est plutôt classique. Le héros, Copeau, s'est vu attribuer ce nom officieux par son grand père, un excentrique qui a aussi planté en lui la graine du doute et de la rébellion face à l'ordre établit. On suit Copeau depuis l'enfance, pendant plusieurs dizaines d'années. Il rencontrera un petit groupe de rebelles qui l'initieront au libre arbitre et à la réflexion personnelle en parvenant à lui faire réduire sa dose de traitement. Mais il n'est pas facile de se démarquer quand le moindre petit indice d'anormalité déchaine chez tous les membres une folle envie de vous "aider", car être anormal, c'est être malade. Et en plus, il faut réussir à se cacher de son conseiller, un homme ou une femme chargé de vous surveiller et de prévenir tout risque de déviance, avec qui vous devez avoir de fréquents entretien pour lui faire part de la moindre "friction". Bref, Copeau sera tiraillé entre normalité et volonté de liberté. Un beau jour, il parviendra à s'enfuir jusqu'à une ile non contrôlée par Uni, une ile où les hommes vivent libres. Mais là non plus la vie n'est pas rose : le travail est dur, les logements chers ... Les immigrants sont très mal traités par les autochtones et ne peuvent même pas choisir leur propre nom, on leur en donne un à leur arrivée. Ainsi, c'est comme au sein de la famille : ils ont tous un nom impersonnel et imposé. Ensuite, Copeau partira à la tête d'un petit groupe à l'assaut d'Uni. La situation se révélera finalement être plus compliquée que prévue.

Ce fantasme d'un monde contrôlé par une unique source de pouvoir semble aujourd'hui bien loin de nos préoccupations. En effet, comme chez Orwell où le télécran ne pouvait pas être éteint, les personnages d'Un bonheur insoutenable doivent obligatoirement passer deux heures par jour devant la TV, histoire d’être bien uniformisées et normalisés. Peut être Orwell comme Ira Levin n'imaginaient pas que le télécran serait volontairement laissé allumé et les deux heures de TV journalières largement dépassées de façon tout à fait volontaire. Un bonheur insoutenable parait donc un peu vieillot, mais c'est dur de lui en vouloir, d'autant plus qu'il m'a tout de même énormément plu. Se plonger dans un monde dystopique est toujours riche en enseignements, et je retiendrais ici quelques idées principales. Tout d'abord, le risque de vouloir se débarrasser des tourments du libre arbitre est grand : Uni (ou Dieu, ou tel homme politique, telle grosse société ... ) ne sait-il pas ce qui est bon pour moi mieux que moi-même ? S'il possède ce pouvoir, n'est-ce pas qu'il est apte à l'exercer ? Bref, il est toujours tentant de se libérer de ses responsabilités sur des personnes "mieux qualifiées" qui ne le sont, en réalité, probablement pas. Ensuite, il existe un droit  la tristesse, à l'insatisfaction. Une société idéale serait-elle celle dans lequel le bonheur est permanent ? Non. Comment un tel état de fait pourrait-il être autre chose qu'artificiel ? Comment ce bonheur pourrait-il ne pas devenir "insoutenable" ? Copeau a fait son choix : il savait qu'en recevant moins de traitement, il pourrait parvenir à des niveaux de conscience supérieurs, mais que cela s'accompagnerait de tristesse et d'insatisfaction.

Au final, même si Un bonheur insoutenable peut sembler un peu daté et propose une trame non dénuée de défauts, j'ai préféré ne pas trop m'y attarder pour évoquer le plus important : l’univers dystopique décrit, dans lequel la tyrannie repose sur un bonheur artificiel très confortable. Bref, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de répression visible qu'il y a pour autant liberté : il est si facile de mettre de coté son esprit critique et sa volonté propre pour se prélasser dans la norme, dans le politiquement correct. Il est bon de lire de temps en temps des romans qui nous le rappellent, et Un bonheur insoutenable est de ceux là. Une dystopie riche en idées et très accrocheuse, à lire.

372 pages, 1970, J'ai lu

samedi 15 décembre 2012

Typhon - Joseph Conrad

Typhon - Joseph Conrad

Typhon est mon premier contact avec Conrad. Il s'agit d'un roman très court, ou d'une grosse nouvelle (150 pages), qui, vous l'aurez deviné, nous raconte l'aventure d'un bateau perdu en pleine tempête.

Avant de nous plonger au cœur de cette aventure, Conrad nous présente ses personnages. Et vraiment, il se trouve que j'aime beaucoup son style. C'est comme s'il ne prenait pas ses personnages au sérieux, et qu'il se moquait un peu d'eux. Il faut dire qu'ils sont assez originaux, à commencer par ce capitaine compétent mais vraiment taciturne, voir totalement à l'ouest, qui fait souvent sourire. Son second ou encore le chef machiniste sont également diablement bien présentés. On a même droit à un aperçu de leur vie de famille : le capitaine écrit à une femme froide et mondaine qui se trouve très bien sans son mari, le second à un ami marin et le chef machiniste à une femme de nature joyeuse qui dévore ses lettres comme de bons romans.

Ensuite, on passe aux choses sérieuses. Les vagues, les nuages, le vent, la pluie ... La tempête, le typhon. Le récit est parfois un peu dur à suivre, mais c'est normal, vu le chaos ambiant. Et aussi, je me suis senti un peu perdu sur ce bateau : on ne sait pas vraiment à quoi il ressemble, et à moins de s'y connaitre, dur de s'en faire une image mentale et donc de s'y repérer. Mais ce n'est pas vraiment grave, puisque Conrad maitrise suffisamment son sujet pour captiver même le lecteur néophyte.

Bref, vous voyez la couverture du bouquin ? C'est tout à fait ce que nous offre Conrad dans Typhon, avec en bonus des personnages bien campés et une construction pas toujours linéaire. Un bon p'tit roman, qui me donne envie d'aller découvrir les œuvres majeures de l'auteur.

150 pages, 1901, Folio. Il y à quelques remarques de l'auteur à propos de ce récit sur Wikipédia, c'est assez intéressant.

dimanche 9 décembre 2012

Yragaël - Druillet & Demuth

Yragaël - Druillet & DemuthYragaël - Druillet & Demuth

Yragaël est une BD franchement magnifique, et c'est là son principal intérêt. A vrai dire, c'est là son seul intérêt. Et ce n'est absolument pas un défaut.

Bon, puisqu’il faut bien parler un peu du scénario, je vais l'évoquer rapidement. La première moitié du récit nous présente l'univers dans lequel il prend place, un univers tumultueux, chaotique, habité par de nombreuses entités et d'innombrables êtres des plus divers. Dans la seconde partie, on suit Yragaël, seigneur humain, dans sa quête pour ... heu ... faire des trucs virils, combattre des dieux, sauver l'humanité et retrouver sa copine. Plus ou moins.

Voilà, j'ai parlé de l'histoire. Maintenant, je peux évoquer l'essentiel : les dessins. Et là ... c'est juste fantastique. Non, merveilleux ! Hallucinant ! Renversant ! A quoi bon un scénario quand un auteur peut faire passer autant de choses dans ses illustrations ? Et ces illustrations, elles sont démesurées, titanesques. Nombreuses sont celles qui occupent deux pages entières, mettent en image des scènes inconcevables, surréalistes, des lieux à l'architecture démente, des créatures par centaines ou par milliers, le tout dans un furieux déchainement de couleurs vives. Je vous invite à aller en regarder quelques échantillons : celui ci, ou encore celui là. Je mettrai bien des dizaines d'images pour illustrer mon petit article ... Même les textes sont ultra stylisés et ornés de magnifiques enluminures. Ici, pas de découpes des planches en petites cases, tout éclate au profit d'une imagination totalement folle et d'un univers aussi beau que tordu. D'ailleurs, je vous déconseille franchement l’édition J'ai lu BD, elle massacre la mise en page originale. Les dessins sont tellement grands que certains sont coupés en deux pour loger sur deux page doubles, entre autres choses regrettables. Yragaël est une BD visuelle, il faut donc absolument l’apprécier en grand format dans sa mise en page originale.

Bref, Yragaël est une merveille visuelle, riche d'autant de beauté que de démesure et de folie. Druillet a un style unique, qui ne peut pas plaire à tout le monde ... mais quand on accroche, on accroche vraiment.

1974, J'ai lu BD

Yragaël - Druillet & Demuth

jeudi 6 décembre 2012

Vuzz - Philippe Druillet

Vuzz - Philippe DruilletVuzz - Philippe Druillet

J'aime la BD. J'adore la BD. Mais la BD, c'est cher, même d'occasion. Alors quand je vois des formats poche pour 2 ou 3 euros, je m'y penche attentivement. Si vous ne connaissez pas Druillet, sachez cela : c'est de l'imaginaire (entre SF, fantastique et fantasy), et c'est beau. Que dis-je, c'est magnifique !

Cependant, avec Vuzz, Druillet ne nous offre pas du tout ce à quoi il m'avait habitué avec Lone Sloane. Tout d'abord, au niveau du style graphique, la différence est forte : si l'on retrouve tout de même le style de l'auteur, les couleurs vives s'effacent au profit d'un élégant noir et blanc, les vastes plans aussi fouillés que psychédéliques laissent la place à des dessins bien plus sobres. Moins de folie et de démesure donc, mais Druillet reste un maitre, et tout cela est fort joli et possède une forte identité.

Vuzz est un héros bien loin du très sérieux Lone Sloane. C'est un être stupide, dégénéré, qui ne pense qu'a deux choses : manger et baiser. Bref, le ton est très décalé. Ce personnage n’obéissant qu'à ses désirs les plus primaires se jette sur la moindre femelle qui croise sa route et massacre toute créature hostile se mettant en travers de son chemin pour ensuite en manger la chair avec un grand sourire niais. Mais parfois, il lui arrive des choses plus étranges ... Il rencontre des lapins explosifs vivant dans d’éphémères champignons en forme de phallus, se fait prendre au piège par des morts un peu trop vivants, explore un étrange village peuplé de corps sans vie, se fait agresser par un magicien qui tombe amoureux de lui ... Malgré sa profonde stupidité, Vuzz s'avère bien sympathique. Et marrant.

En raison de sa quasi absence de dialogues et ses dessins épurés, Vuzz se lit très vite, mais avec un plaisir certain. Druillet m'avait bien plus marqué avec Lone Sloane, mais on a tout de même là un bon album, réussit esthétiquement et totalement barré.

155 pages, 1974, J'ai lu BD

mardi 4 décembre 2012

Le chemin de l'espace - Robert Silverberg

Le chemin de l'espace - Robert Silverberg

Le chemin de l'espace ne fait pas partie des romans les plus connus de Silverberg : il a été écrit en 1967, juste avant la période la plus faste de la carrière de l'auteur, je ne savais donc pas vraiment à quoi m'attendre. Et au passage, je signale le titre original : To open the sky. C'est quand même plus classe.

Si je me suis procuré ce roman, c'est certes parce que j'adore Silverberg, mais aussi parce que son thème m'attirait particulièrement : la religion. Le récit se découpe en plusieurs parties, chacune suivant différents personnages que l'on retrouve cependant par la suite avec quelques années en plus. Il y a parfois au début de ces gros chapitres un tout petit résumé des événements précédents (peut être que le roman est paru en épisodes dans un magazine), mais c'est suffisamment discret pour ne pas être gênant. Le récit débute en 2077, alors que la Terre, surpeuplée et plongée dans une certaine confusion, voit apparaitre une nouvelle religion : les Vorster, du nom de leur messie, Vorst. Et ils sont en pleine expansion. Les religions classiques déclinent, n'étant plus adaptées à l'état du monde, et les Vorster ne commettent pas les mêmes erreurs qu'elles. Leur culte est basé sur deux projets clairs, pragmatiques et scientifiques : donner à l'humanité l'immortalité et la conquête spatiale. C'est là une force du récit : on est plongé au cœur du mouvement, et si les millions puis les milliards de fidèles de base sont emplis d'une puissante ferveur religieuse, ceux qui se hissent au sommet le sont beaucoup moins. Pourtant, ces personnalités dirigeantes sont loin d’être mauvaises, et Silverberg se place loin de tout jugement. Ces leaders croient sincèrement en leur cause, car elle unifie l'humanité vers un but commun que l'on peut objectivement qualifier de bon. Et si pour cela la masse a besoin de rituels, de litanies, de symboles à vénérer, de prêtres à écouter et d'un chef suprême à vénérer, qu'il en soit ainsi. Quoi que, les leaders aussi sont sensibles à ces rassurantes habitudes que leur donne leur religion.

Le roman s'étale sur près de 100 ans, ce qui non seulement offre une vision d'ensemble et sur le long terme du mouvement Vorster, mais permet aussi à l’auteur de proposer de nombreuses situations et ainsi de maintenir l’attention du lecteur à plus court terme. Que l'on suive un diplomate devant escorter un ambassadeur martien sur Terre, un jeune acolyte devenu espion à la solde d'un mouvement hérétique ou encore un missionnaire chargé de convertir les très hostiles colons de Vénus, les situations sont variées et contribuent chacune à donner vie à un univers cohérent tout en développant sa toile de fond.

Le chemin de l'espace ne fait certainement pas partie des chefs-d’œuvre de Silverberg, il n'a ni la force ni la profondeur des Monades urbaines, par exemple, ce qui ne l’empêche pas d’être un fort bon roman tout à fait recommandable. Et l'air de rien, cette vision du futur de la religion est toujours assez actuelle ... Si le sujet vous plait, Le chemin de l'espace ne peut qu’être une lecture plaisante et intéressante.

245 pages, 1967, J'ai lu

vendredi 30 novembre 2012

La duchesse de Langeais - Balzac

La duchesse de Langeais - Balzac

La duchesse de Langeais est une histoire d'amour. Bon, rien de surprenant à cela. Mais le truc, c'est que c'est uniquement une histoire d'amour : il n'y a absolument pas d’intrigue parallèle et à peine quelques personnage secondaires mineurs.

Le roman est divisé en quatre parties. La première prend place sur une ile, sur laquelle les deux tourtereaux (appelons les Antoinette et Armand) se rencontrent par hasard après cinq années de séparation. Antoinette est recluse dans un couvent (je devrais plutôt dire emprisonnée) et Armand, qui passait dans le coin, la reconnait grâce aux émotions qu'elle fait passer en jouant de l'orgue. Mouais, admettons. Bref, il parvient à arranger une entrevue, et l'on comprend qu'il l'a cherché sans relâche pendant ces cinq années. Comme d'habitude chez Balzac, cette première partie est pleine de longues descriptions pas franchement passionnantes. Bref, on arrive à la seconde partie, qui va nous expliquer comment les deux personnages en sont arrivés là.

Antoinette, jeune femme à la mode dans les salons parisiens, décide par "pur caprice de duchesse" de s'approprier ce bel homme qu'est Armand. Dans cette partie, qui dure de longs mois, Armand aime sincèrement alors qu'Antoinette joue avec lui. Mais Armand se met à vouloir consommer cet amour jusque là chaste, et Antoinette, qui ne l'aime pas vraiment, refuse. Armand va se mettre en colère, et c'est le sujet de la troisième partie, dans laquelle les rôles vont être inversés. Antoinette, impressionnée par la fougueuse et virile fureur de son amant (qui l'enlève et renonce de peu à la mutiler, tout de même) se met à l'aimer passionnément. Armand, lui, reste froid aux avances de la comtesse. Antoinette, va finir par s'exiler dans un couvent, parce que bon, elle a le cœur brisé, sa vie est finie, elle va passer le restant de ses jours à prier pour Armand, tout ça tout ça. Dans la dernière partie, on revient au temps présent. Armand va monter une expédition pour enlever (oui, encore) Antoinette de son couvent, mais pas de bol, elle meurt d'amour juste avant. Oh ben dis donc je m'y attendais pas du tout.

Bon, Balzac écrit fort bien, son roman est impeccablement construit et il est toujours un formidable peintre des mœurs de son époque, mais justement, ces mœurs sont un peu insupportables. De plus, le fait qu'il n'y ait dans ce roman quasiment rien d'autre que l’histoire d'amour en question crée une sensation d'étouffement. Bon, moi je crois que j'ai eu ma dose de Balzac : La peau de chagrin et Le père Goriot étaient de bonnes lectures, mais je vais m’arrêter ici dans son œuvre pour l'instant.

200 pages, 1834, GF Flammarion

dimanche 25 novembre 2012

Catalogue d'objets introuvables - Carelman


 Catalogue d'objets introuvables - Carelman chaise de marcheCet étrange ouvrage a un sens particulier pour moi, je le connais depuis que je suis tout petit. Il se cachait chez ma grand-mère, planqué au fond d'une étagère poussiéreuse. Le mini-moi que j'étais, en découvrant un bouquin avec un tel titre et une couverture si tentante, ne pouvait que s'en emparer avidement. Et depuis, à chaque fois que je retourne chez ma mamie, j'aime bien me replonger dans ce catalogue de bizarreries. Alors quand j'ai vu cette édition disponible pour un simple Euro dans une brocante, je n'ai pas hésité une seconde. Hélas, cette version signée Le livre de poche n'est pas complète, il manque un certain nombre d'objets. Peut être ont-ils été crées plus tard ? Mais ce n'est pas trop grave, il y a tout de même de quoi s'amuser.

Le livre se présente comme un catalogue normal : de nombreux objets classés par thèmes (le travail, la maison, les loisirs ...) et sous-thèmes, une illustration pour chaque article, un petit commentaire descriptif tout à fait sérieux ... Sauf que rien de tout ça n'est sérieux ! On nous prévient : "Tous nos articles sont garantis absolument inutilisables". En effet, si certains sont simplement bizarres, pour la plupart on nage en plein absurde. Pour en citer quelques uns : le marteau à tête de verre, "idéal pour les travaux délicats", le parasol transparent qui permet de profiter du paysage, la balançoire d’appartement à accrocher à un mur, la bicyclette à neige dont les roues sont remplacées par des raquettes ... Sans oublier mon petit préféré : le préservatif en dentelle ! Peut être un peu moins efficace, mais tellement plus élégant !

Ce Catalogue d'objets introuvables est un OVNI dédié à l'absurde qu'il m'est toujours aussi agréable de feuilleter même si je le connais depuis un sacré bout de temps. Cependant, cette édition n'est pas la plus intéressante car ne nombreux objets manquent à l'appel : où sont passés le side-car de cheval et les pantoufles de ménage ?!


128 pages, Le livre de poche


Catalogue d'objets introuvables - Carelman tandem

samedi 24 novembre 2012

Idlewild - Nick Sagan

Idlewild - Nick Sagan

Idlewild commence mal, aussi bien pour son héros que pour moi. Halloween (oui c'est le nom du personnage principal ) se réveille dans un champ de citrouilles, et il a perdu la mémoire. Mouais. Voilà un point de départ fort classique qui peut mener sur le pire comme sur le meilleur. Hal va donc partir explorer son environnent, normal. Malheureusement, on se rend vite compte que le concept de l’amnésie est très mal employé : sous prétexte que cette dernière est "temporaire", Hal se souvient de son passé aux gré des envies de l'auteur. La perte de mémoire n'est donc qu'un procédé permettant de mieux contrôler les informations que reçoit le lecteur, ce qui rend cet aspect du récit tout à fait artificiel.

Une fois que Hal s'est souvenu comme par magie de certains éléments, on comprend dans quel environnement il se trouve : une école. Une école virtuelle, pour être précis. Hal et neuf autres jeunes de 18 ans vivent dans un monde virtuel peuplé de quelques IA sensées leur enseigner tout ce qu'ils doivent savoir. L'un des étudiants a disparu, et Hal est persuadé qu'un complot se trame, qu'un méchant a décidé de tous les éliminer et que c'est là la cause de son amnésie : un assassinat loupé. On se croirait dans un roman "young adult" : des jeunes dans un cadre scolaire, divisés en deux groupes antagonistes, les rebelles et les soumis (à peine cliché), un vague complot en arrière fond, un prof -IA qui a quelque chose à cacher ... bof bof. L'histoire nous est narrée à la première personne par Hal et l'écriture est très accessible, par contre les dialogues entre les jeunes sont assez loupés, les personnages ont du mal à exister. Et ce ne sont pas les les références à Lovecraft, qui prennent de la place dans le récit sans rien lui apporter, qui vont sauver tout ça. Franchement, je trouvais le roman plutôt mauvais, j'avais l’impression d'avoir entre les mains un bouquin acheté au rayon ado. Je l'aurai peut être même lâché si l'écriture n’était pas si fluide et si le thème de la réalité virtuelle ne me plaisait pas autant.

Et là, miracle, un peu après la moitié du livre, l'histoire décolle totalement. On a droit à un véritable retournement de situation, que je n'avais vraiment pas vu venir. Le récit change même presque de genre, devient beaucoup plus sombre, les cadavres s'entassent, le rythme accélère, et j'accroche enfin. Ce n'est pas transcendant pour autant, juste sympathique. Et mieux vaut ne pas avoir trop Matrix en tête ...

Bref, Idlewild est un roman en deux temps : un début franchement passable dans un cadre scolaire qui fait fait penser à un roman pour ado, et une seconde partie mieux rythmée et bien plus intéressante. Dommage qu'on doive se farcir la première pour profiter de la seconde. Et au final, j'aurai vraiment du mal à conseiller Idlewild.

315 pages, 2003, J'ai lu. Idlewild est le premier tome d'une trilogie, mais il a une véritable fin, même si elle est très ouverte.

mardi 20 novembre 2012

Rhinocéos - Eugène Ionesco

Rhinocéos - Eugène Ionesco

Je n'ai pas vraiment l'habitude de lire du théâtre, et il faut bien dire que Rhinocéros fut un très bonne surprise. Et en plus, ça se lit très vite.

Le principe est simple : tous les habitants d'une petite ville se transforment progressivement en rhinocéros. Tous sauf Bérenger, qui est le seul à s'accrocher à son humanité. C'est un peu comme une invasion de zombies en fait, avec des rhinocéros à la place des putréfiés. Cependant, un détail, et pas des moindres, distingue ces deux types d'invasion : dans Rhinocéros, les transformations sont volontaires, choisies, réfléchies.

A première vue, le récit peut sembler totalement absurde. Pas grand chose n'est chose n'est vraisemblable dans les relations entre les personnages : Bérenger et son ami Jean sont diamétralement opposés et n'ont rien pour être amis, Bérenger et Daisy vivent 25 ans de mariage en quelques minutes ... Et puis tous ces gens qui se transforment en rhinocéros, c'est quand même un peu bizarre. Bon, bien sur, il y a du sens derrière tout ça. Cette invasion de rhinocéros est l'image d'une idéologie qui se répand à travers la foule, d'un fanatisme qui déshumanise et transforme chacun en bête courant bêtement droit devant soi. L’étonnement laisse progressivement place à l'indifférence, puis l’indifférence cède face à l'instinct grégaire. Chaque personnage se trouve sa propre raison pour rejoindre ce courant de pensée : "C'est le monde qui a raison, ce n'est pas toi, ni moi", "Mon devoir m'impose de suivre mes chefs et mes camarades", "Chacun trouve la sublimation qu'il peut" ...  Seul Bérenger, qui pourtant au début prenait plus de distance que les autres face à l'arrivée des premiers pachydermes, ne peut se résigner à rejoindre la foule animale, et c'est lui qui devient le monstre. La préface du livre, aussi instructive que plaisante à lire (comme le sont trop rarement les préfaces), explique fort bien tous ces aspects de la pièce et d'autres encore, notamment l'influence de Kafka. Mais du coup, ma lecture aurait probablement été différente sans la préface, peut être que j'aurai moins compris et donc moins apprécié la pièce. Il faudrait qu'un autre moi la lise pour la première fois en sautant la préface, et on comparerait nos compte-rendus mutuels ... Ouais, je vais faire ça.

Rhinocéros est parfois drôle, toujours décalé et surtout véhicule une puissante dénonciation de toutes les formes de fanatismes qui transforment avec leur consentement les foules comme les individus en ... rhinocéros, justement. Et en plus, sa lecture est très aisée. Ça me donnerait presque envie de lire plus souvent du théâtre.

300 pages, 1959, Folio théâtre 

mercredi 14 novembre 2012

La guerre des mouches - Jacques Spitz

La guerre des mouches - Jacques Spitz

J'ai découvert Jacques Sptiz assez récemment avec L’œil du purgatoire, que j'avais vraiment adoré. Puis je suis tombé par hasard sur la chronique de Cachou à propos de La guerre des mouches, et je me suis promis d’acheter ce bouquin si jamais je tombais dessus dans une bouquinerie. C'est désormais chose faite, le livre est tout vieux et tout abimé, mais cela ne lui donne que plus de charme.

Comme le souligne le slogan plus ou moins vendeur sur la couverture, les mouches sont devenues intelligentes. Et ce n'est pas la peine d'avoir l'esprit très vif pour deviner ce qui va suivre : la guerre. En gros, le récit se découpe en deux types de narrations qui alternent. D'abord, il y a les grands événements militaires et géopolitiques, où l'on suit les batailles opposant les hommes aux nuées d'insectes, la progression générale du conflit ou encore les tensions entre les pays. D'autre part, le lecteur suivra Juste-Evariste Magne, qui au début simple assistant dans un laboratoire d'étude des diptères sera par la suite l'un des leaders du coté humain du conflit. On aura même droit à une histoire d'amour entre ce personnage et une jeune fille un peu cruche.On pourrait croire que cela va devenir niais, mais non, Jacques Spitz manie en permanence l'ironie et l’humour noir. C'est ainsi que Magne va en arriver à se poser à propos de sa dulcinée la même question qu'à propos de l'espèce mouche : est-elle intelligente ?

Cette ironie et cet humour noir, c'est vraiment la grande force du récit. C'est drôle et décalé tout en étant sombre et pessimiste. Il faut voir ces milliards de mouches envahir l’Europe vêtues d'un minuscule tricot les protégeant du froid alors que les savants français débattent avec passion pour savoir quel nom donner à cette nouvelle espèce pour bien saisir tout le charme du livre. Ou encore ces missionnaires partant en expédition pour évangéliser les insectes. Et ici, pas de retournement de situation miraculeux, pas de vaillant héros sauvant le monde, non : les mouches gagnent. Elles écrasent l'humanité. Mais seulement l'humanité : elles laissent les animaux tranquilles, elles savent bien qui est leur ennemi.

Jacques Spitz convoque des armadas de mouches pour se moquer de la bêtise humaine, et c'est tant mieux pour le lecteur. Sur la forme comme dans le fond, La guerre des mouches est une petite merveille d'originalité et d'humour noir que l'on dévore rapidement avec souvent un sourire sur les lèvres. Bzz bzz.

175 pages, 1938, Marabout. Il se trouve que lors de cette réédition en 1970, le roman a été modifié pour qu'il fasse plus moderne, avec notamment des mentions de la bombe atomique ou de l'ONU. Cela n’entache pas le plaisir de lecture, mais c'est regrettable. Vous pouvez trouver plus d'infos dans l'article disponible sur nooSFere.
Et comment ne pas penser à cette planche des géniales Idées Noires de Franquin ? Désolé pour la qualité, c'est tout ce que j'ai trouvé sur le web.

idées noires franquin mouches

dimanche 11 novembre 2012

Les démons de Jérôme Bosch - Alexandra Strauss

Les démons de Jérôme Bosch - Alexandra Strauss

La peinture, je ne prétend pas y connaitre grand chose, mais j'aime beaucoup Jérôme Bosch. De grands tableaux à la fois sombres et colorés, riches en détails bizarres, pleins de monstres et de créatures chimériques, de personnages nus et d'oiseaux géants. Par exemple, Le jardin des délices, d'où vient la couverture du livre. Et en plus, Jérôme Bosch est un peintre idéal pour illustrer Lovecraft.

Les démons de Jérôme Bosch est donc le premier roman d'Alexandra Strauss, et c'est en quelque sorte une biographie imaginaire. Aleyt, la femme du peintre, annonce dès la première page qu'elle a choisi de prendre la plume pour que reste une trace de la vie de son mari (un fantasme d'historien de l'art, sans doute). Et comme la vie de Jérôme Bosch est très mal connue, on est en plein entre le roman historique et la fiction, le tout à la fin du XVème et au début du XVIème siècle.

Ici, pas d'aventures extraordinaires ou de rebondissements surprenants, c'est simplement la vie quotidienne du peintre qui nous est contée, de sa petite enfance à sa mort. Et pourtant, on ne s'ennuie pas : le personnage est attachant et l'écriture agréable distille une ambiance tranquille et un peu malsaine à la fois. Les démons du titre, ce sont ces peurs qui tourmentent le peintre lors de son enfance, ces visions effrayantes qui se retrouveront sur ses tableaux, mais aussi la violence et l'injustice du monde qui l'entoure, qui lui dicteront les thèmes de son œuvre : le mal, le péché, la damnation. Aleyt reste dans l'ombre, ne parlant d'elle que quand cela aide à la compréhension de son mari, mais elle aussi est attachante. C'est une femme discrète qui préfère vivre à une distance raisonnable du monde, à l'image de Jérôme, pour qui les petits bonheurs ou malheurs du quotidien ne valent pas grand chose par rapport à la recherche d'absolu qu'il effectue à travers son art.

Les démons de Jérôme Bosch est un court roman, modeste et sans prétention, qui remplit son objectif : offrir un bon moment de lecture tout en faisant découvrir au lecteur une époque et un personnage. On en sort avec l'envie d'aller se balader dans les créations de Jérôme Bosch, c'est plutôt bon signe quand à la qualité du livre.

236 pages, 2009, Folio

mardi 6 novembre 2012

La valse aux adieux - Kundera


La valse aux adieux est un titre qui a parfaitement sa place dans l’œuvre de Kundera. En plus d’être fort joli, il en reprend les deux caractéristiques principales : la légèreté, à travers la valse, et le sérieux, à travers le terme "adieu". Bref, Kundera, c'est le sérieux traité avec une très grande légèreté. Une légèreté souvent drôle, mais tout aussi glaçante.

Quelques personnages évoluent à l'image d'une valse, voilà en gros le sujet de La valse aux adieux. La comparaison avec la danse est très appropriée puisque le récit ne s'écoule que sur quelques jours et prend place dans une ville d'eau, lieu propice aux rencontres comme on a pu s'en rendre compte dans de nombreux romans du 19ème siècle (Le joueur de Dostoïevski par exemple). Ainsi, la majorité des personnages ne sont que de passage et n'ont rien d'autre à faire que de se rencontrer. Ces derniers, comme toujours chez Kundera, disposent d'une personnalité profonde, et certains sont très décalés, comme ce gynécologue qui féconde discrètement une bonne partie de ses patientes avec sa propre semence. Entre celui-ci, le joueur de trompette qui trompe sa femme, l'ancien détenu nostalgique qui s’apprête à quitter son pays, l'infirmière qui espère une vie meilleure, le riche américain complétement loufoque qui est presque au sens propre un saint et quelques autres, les personnages sont aussi variés qu'intéressants.

Le point de vue passe de l'un à l'autre avec une grande fluidité, nous suivons leurs rencontres et leurs tourments intérieurs, et la plume de Kundera sait vraiment passionner quand il s'agit d'évoquer ce qui se passe dans la tête de ses protagonistes, il a une maitrise totale de son sujet. Chacun a ses obsessions, ses traits particuliers. Comme le roman a été écrit en 1973, le système politique en place en Europe de l'est à cet époque là a une influence légère mais certaine sur l'histoire, ce qui permet au lecteur d'envisager cet aspect de la société de façon fluide, sans aucune lourde description historique. Comme dans mes précédentes lectures de Kundera, la mort va venir frapper, mais légèrement, presque comme si de rien n'était.

Cette légèreté glaçante est un style, et un très bon style. S'il ne surpasse pas à mes yeux L'Immortalité, La valse aux adieux est un très bon cru de Kundera, un excellent roman. Si vous ne connaissez pas Kundera, je ne peux que vous encourager vivement à rentrer dans la délicieuse valse de ses personnages, parce que moi j'adore.

350 pages, 1973, Folio

lundi 29 octobre 2012

L'homme dans le labyrinthe - Robert Silverberg

L'homme dans le labyrinthe - Robert Silverberg

J'aime beaucoup Robert Silverberg. Son parcours littéraire est très particulier : il a écrit quasiment tout ses romans les plus intéressants dans une courte période de sa vie, entre 1968 et 1972, avec notamment Les monades urbaines, L'oreille interne, Le fils de l'homme, Les déportés du Cambrien ou encore La tour de verre, pour ne citer que ceux que j'ai lus. Et aussi L'homme dans le labyrinthe, puisque c'est de ce livre qu'il va être question ici (livre qui, en passant, a une très jolie illustration de couverture, plutôt originale).

En gros, c'est l'histoire d'un homme qui est dans un labyrinthe. Hey, ça n'a l'air de rien comme ça, mais Robert Silverberg a du talent ! L'heureux lecteur va pendant les quelques 300 pages du roman suivre trois personnages à la personnalité très prononcée. Tout d'abord, il faut savoir que le labyrinthe en question se trouve sur une lointaine planète, il s'agit de vestiges abandonnés par une civilisation éteinte depuis des millions d'années. Le temps a passé, mais les très nombreux pièges qui protègent le centre de la structure sont encore vivaces ... Richard Muller est l'homme en question, et il n'est pas dans le labyrinthe par hasard : il s'y est exilé lui même et y a vécu neuf ans dans une solitude absolue. Pourquoi donc ? La réponse à cette question nous sera offerte au fil du roman, lors de flashbacks, qui forment une narration parallèle. Charles Boardmann est un vieux diplomate désabusé, il dirige l'expédition chargée de pénétrer dans le labyrinthe pour débusquer Muller, qui n'a pas l'intention de quitter sa retraite. Et enfin, Ned Rawlins, également membre de l'expédition, est l'interface entre les deux protagonistes précédents. Encore jeune et plein de beaux idéaux, il va devoir persuader Muller de le suivre. Pourquoi faire ? Cela aussi on ne l'apprendra qu'au fil du récit, mais ce qui rend Muller si unique, et qui a est également la cause de son exil, c'est le fait qu'il est revenu d'un voyage chez une race extraterrestre avec un don qui est aussi une malédiction : aucun homme ne peut l'approcher sans ... heu ... en fait non, je ne vais pas le dire, la découverte progressive des différents éléments scénaristiques est une grande réussite du livre, je ne voudrai pas la gâcher. Et j'espère aussi éveiller votre curiosité, car le livre est vraiment excellent. Bien sur, il s'agira de faire face aux dangers du labyrinthe, et même s'il ne fait aucun doute que cet aspect du livre est diablement réussi, il ne s'agit pas de son atout principal. Ce qui compte avant tout, ce sont les relations entre les trois personnages décris plus haut : l'un profondément misanthrope et imprévisible, dévoré par son égocentrisme et sa haine, l'autre prêt à tout pour parvenir à ses fins et le dernier, le seul conservant une touche d’innocence (qui bien sur sera perdue à la fin), hésitant sur la conduite à tenir. Ils vont s'affronter par le mensonge et la manipulation, et c'est vraiment passionnant. Petit regret cependant concernant les quelques protagonistes féminins : elles ont toutes l'orgasme facile et sont passives et soumises. Certes, on s'en fout un peu pour juger de la valeur littéraire du bouquin, mais ces aspects m'avaient également frappé dans les livres cités en intro (mais ma mémoire peut me tromper), ce serait intéressant de faire une étude de la vision de la femme qu'avait Silverberg dans ses romans, qui ne manquent généralement pas de scènes de sexe.

L'homme dans le labyrinthe est très bien écrit, intense sans oublier d’être intelligent, propose des personnages profonds et une très belle fin. Que demander de plus à un bouquin de SF (ou à un bouquin tout court) ? Oui, j'aime vraiment beaucoup Robert Silverberg, et vu sa colossale bibliographie, nul doute que quelques autres de ses romans passeront par mes mains à l'occasion.

307 pages, 1969, Le livre de poche

samedi 27 octobre 2012

Le père Goriot - Balzac


Je poursuis donc ma lente exploration de l’œuvre de Balzac. Malgré le titre du bouquin et l'illustration de couverture, le fameux père Goriot n'est pas vraiment le personnage principal du roman : l'histoire est généralement contée du point de vue d'Eugène de Rastignac, figure récurrente dans la Comédie Humaine.

Le roman démarre, comme souvent chez Balzac, sur une description assez lourde, du genre de celles qui font décrocher la plupart des collégiens ou lycéens sensés lire le livre pour d'obscures raisons scolaires. Ce qui nous est présenté là, c'est la maison Vauquer, pension où se déroulera la majeure partie du récit, et ses occupants. Parmi eux, Rastignac, jeune étudiant de plus ou moins bonne famille venu de la campagne, et le père Goriot, souffre douleur de la pension qui, on l'apprend un peu plus tard, ne vit que pour ses deux filles. Rastignac aura l'occasion de s'introduire dans la vie mondaine parisienne, parmi les riches, le beau monde. Et comme l'on peut s'en douter, à la vue de tout ce faste, sa condition d'étudiant devant passer son temps à travailler pour un avenir banal, sinon médiocre, lui semble soudain bien inintéressante. Nous y sommes : le voilà qui se lance à l'assaut du monde. Enfin, "le monde", la haute société (histoire d'éliminer tout risque de confusion).

Cependant, contrairement par exemple au Bel-Ami de Maupassant, Rastignac n'est pas un simple arriviste, c'est même un homme plutôt bon, essayant de suivre ce que lui dicte sa morale. Malheureusement, la vie est bien cruelle, surtout dans les milieux qu'il va être amené à fréquenter. Il apprend rapidement que le père Goriot n'est pas un vieux sénile, mais le père de deux jeune femmes à qui il a offert toute sa fortune en guise de dot pour leur arranger de bons mariages. Mariages finalement ratés, ce qui fera bien l'affaire de Rastignac, puisqu'il deviendra l'amant de l'une d'elles. Et surtout, le père Goriot est délaissé par ses deux enfants : normal, il n'a plus d'argent. C'est là tout l'objet de roman : le pouvoir de l'argent, sa capacité à fausser les rapports humains, à introduire le mensonge, les succès et les échecs. L'argent n'est pas le seul problème, toute cette haute société est superficielle, dépravée, ne trouvant son bonheur que dans l'étalage de luxe et l'échange de ragots. Les problèmes amoureux ne sont dus qu'aux mariages hypocrites, effectués uniquement pour l'argent et le gain social, ne conduisant qu'au malheur. Le père Goriot pourrait être l'image même de l'homme simple et bon, mais non : il est insupportable à aimer ses filles plus que Narcisse n'aime son reflet, il mourra même d'amour pour elles (il devait bien falloir au roman une longue et dramatique agonie).

Le père Goriot est la peinture virulente d'un monde sombre et hypocrite caché sous de luxueux tissus et de brillantes pierres précieuses, et c'est pour cela que j'ai aimé le roman, même si l'écriture de Balzac, très étoffée, rend certains passages un peu longs, voir lourds. Il s'agit avant tout du parcours initiatique de Rastignac : un jeune homme aussi dégouté qu'attiré par la haute société, et qui finalement, désabusé, décide de se jeter dedans, car c'est la seule façon pour lui de vivre une vie intense et passionnante.

400 pages, 1835, Le livre de poche

dimanche 21 octobre 2012

Risibles amours - Milan Kundera

Risibles amours - Milan Kundera

Risibles Amours est un recueil de sept nouvelles écrites "en Bohême entre 1959 et 1968", elle font donc partie des premiers textes de la carrière de romancier de Milan Kundera. Enfin, pas romancier, puisque c'est des nouvelles ... bon, on va dire prosateur.

Le premier récit, nommé Personne ne va rire, m'a semblé un peu ... dérangeant. En effet, c'est l'histoire d'un homme qui se met sur le dos de gros ennuis simplement parce qu’il s’entête à mentir, la faute à son caractère qui l’empêche de dire une vérité qui rendra quelqu'un malheureux. Le contexte politique et social régnant à cette époque là en Europe de l'est n'y est bien sur pas pour rien, mais vraiment, voir ce personnage s'enfoncer si bêtement ... Ensuite, dans La pomme d'or de l'éternel désir, nous vivons un petit bout de la vie du narrateur et de son ami Martin, qui se lancent en permanence dans de nouvelles conquêtes féminines, sans même prendre la peine de consommer les conquêtes réussies. Le narrateur, contrairement à son ami, n'est pas dupe de leur petit jeu, et l'on retrouve cet aspect désabusé quasi permanent dans les histoires de Kundera. En troisième position dans le recueil, Le jeu de l'auto stop, dans lequel un couple va violemment se métamorphoser à cause d'un jeu de rôle qu'ils ne pourront stopper, m'a comme le premier récit semblé assez dérangeant. Cela n'a en soi bien sur rien de négatif (c'est pas comme si j'aimais pas les trucs tordus), mais ces trois nouvelles, bien que de qualité, m'ont laissé un peu sur ma faim par rapport à ce que je connaissais déjà de Kundera.

Heureusement, arrive ensuite Le colloque, le récit le plus long, et placé stratégiquement par l'auteur au centre du recueil. Plusieurs personnes, de service de nuit dans un hôpital, se retrouvent dans une pièce pour converser autour de quelques bouteilles. Presque construit comme une pièce de théâtre, le texte contient relativement peu de narration et met en valeur les dialogues et les idées des personnages. J'ai ici pleinement retrouvé ce que j'aime chez Kundera : cette complexe légèreté, ce style aérien disséquant avec énormément de talent les personnages et leurs interactions. Sans égaler ce point culminant du recueil, les autres nouvelles sont réussies. Que les vieux morts cèdent la place aux jeunes morts met en scène deux amants se retrouvant quinze ans après, une grande différence d'age les séparant, et Le docteur Havel vingt ans plus tard reprend un personnage de Le colloque, devenu un séducteur à la réputation sulfureuse, qui trouvera un admirateur en la personne d'un jeune homme peu sur de lui. Pour finir, Édouard et Dieu aborde la passionnante question de la religion. Édouard n'est pas croyant, mais la femme qu'il aime l'est, il va donc mentir et simuler la foi. Cependant, encore une fois le contexte social et politique entre en jeu, et comme religion et communisme sont peu conciliables, Édouard va se retrouver prit entre deux feux. Un bonne conclusion que ce parcours initiatique.

Risibles Amours est à mon sens bien moins marquant que mes précédentes lectures de Kundera, L'insoutenable légèreté de l’être et surtout L'immortalité, mais c'est peut être lié à son format. Quoi qu'il en soit, c'est tout de même de la très bonne littérature.

330 pages, 1959-1968, Folio

jeudi 18 octobre 2012

Démons et merveilles - H.P. Lovecraft

Démons et merveilles - H.P. LovecraftDémons et merveilles - H.P. Lovecraft

Ce bouquin de Lovecraft, qui est loin d’être le plus connu, m'avait jusqu'à présent échappé suite à quelques avis peu favorables lus au hasard de mes ballades sur le net. Ce même hasard m'a placé en présence d'un exemplaire un peu jauni disponible pour moins de 2€ ... et merci à lui. L'exemplaire en question est un peu ancien et propose la couverture qui est à gauche ci-dessus, mais l'édition la plus récente a également une très belle illustration, donc je la met aussi.

Comme toujours chez Lovecraft, nous avons ici un recueil de nouvelles. Mais commençons par le début : la préface. Celle ci, écrite par Jacques Bergier, possède deux caractéristiques qui la rendent particulièrement intéressante. Tout d'abord, elle a été écrite en 1955 (environ), ce qui nous permet d'avoir un point de vue original sur Lovecraft, ancré dans une époque. Ensuite, Jacques Bergier a personnellement correspondu avec Lovecraft : il connait donc son sujet. Et ce qu'il raconte sur Lovecraft n'a fait qu’accroire ma fascination pour le bonhomme.

  • Passons ensuite aux nouvelles, qui sont au nombre de quatre. Petite particularité : toutes partagent le même héros : Randolph Carter. D'ailleurs, il y a entre elles une parenté évidente, et elles se suivent plus ou moins. On est là en présence de ce qui ressemblerait presque à un roman. La première, Le témoignage de Randolph Carter, est très courte et plutôt classique. On fait la connaissance de Carter, un amateur de savoirs ancestraux et redoutables. Avec un ami partageant les mêmes passions, il va se rendre dans un cimetière duquel un seul d'entre eux reviendra. Bref, cette nouvelle n'est finalement qu'une agréable introduction à ce qui va suivre.
  • Vient ensuite La clé d'argent. Ici, je me rend compte que je ne suis pas en train de lire le Lovecraft conteur d'histoires affreuses et horrifiques, mais le Lovecraft amateur d'onirisme et de voyages fantasmés que j'avais déjà rencontré dans Dagon. Enfin, c'est Lovecraft, c'est donc aussi un peu affreux et malsain. On retrouve le personnage de Randolph Carter qui, torturé par la disparition des rêves fantastiques qui l'enchantaient, va entrer en possession d'une mystérieuse clé d'argent. Celle ci va lui permettre d'effectuer un incroyable voyage jusqu'à son enfance, à la source de ses rêves. Et c'est vachement bien. Tout le récit s'articule autour de l'importance des rêves, qui sont pour Carter plus importants que la réalité. L'argumentation pour défendre cette idée et la description des normes réalistes et pragmatiques de la société, ou encore des pratiques religieuses, sont juste de formidables moments de lecture. Je citerai bien ici des pages entières. Ce fascinant récit sonne, comme dit en préface, comme une autobiographie spirituelle.
  • Nous voici maintenant  A travers les portes de la clé d'argent. Après avoir mis la main sur cette fameuse clé dans la précédente nouvelle, Randolph Carter a disparu pendant plusieurs années. Quatre prétendants à son héritage sont réunis dans une sombre pièce, et l'un d'eux va se livrer au récit des épreuves traversées par Carter pendant tout ce temps. Il se trouve que ce dernier à plongé dans un monde d'onirisme, à travers le temps et l'espace, à la rencontre d’incroyables entités et de ses autres lui même. Ses voyages l’amèneront plus loin qu'on ne peut l'imaginer et iront jusqu'à transformer son être. Mais peut être a-il réussit à revenir dans notre monde, et peut être est-il revenu bien différent ...
  • Et pour finir, le gros morceau du bouquin : A la recherche de Kadath, qui occupe plus de la moitié du volume. Ici, on est totalement dans l'onirisme, le chimérique. Carter a par trois fois rêvé de la merveilleuse cité de Kadath, et il n'a jamais pu y demeurer, repoussé par les dieux du rêve. Il décide donc de se rendre dans le temple des Grands Anciens pour les prier de le laisser accéder à Kadath. Le voici donc dans le monde des rêves de la Terre à la recherche de l'endroit où demeurent les dieux. Ce monde est riche, vivant, habité, et l'on croise de nombreux lieux ou personnages déjà entraperçus dans certaines autres nouvelles de Lovecraft. Carter, qui est un rêveur expérimenté, connait bien ce monde et y compte certains alliés, rencontrés en rêve. Ce monde n'est cependant pas libéré de l'horreur et de l'inconnu : les marins se taisent quand Carter pose des questions sur certains lieux reculés auxquels ils préfèrent ne pas penser, les tailleurs de pierre détournent le regard quand Carter évoque de sombres contrées méconnues et redoutées. Dans les noires profondeurs, dans les froides hauteurs, rodent des créatures dangereuses et difformes. Cette quête est un superbe voyage dans un monde unique peuplé d'un panthéon de choses lovecraftiennes que ne vient qu'à peine ternir le style parfois répétitif de l'auteur. De même, la traduction est parfois un peu bizarre, j'ai notamment eu l'impression qu'il manquait quelques virgules, mais rien de très handicapant. Et comment ne pas voir dans Carter, cet ami des chats, ce rêveur passionné, cet écrivain solitaire et misanthrope, Lovecraft lui même ? Qui sait, ce récit est peut être exactement à l'image des rêves qui hantaient Lovecraft ...

Ces différents récits sont aussi fascinants que difficiles d'accès : il ne faut pas avoir peur de l'onirisme et de l’imaginaire très particulier de Lovecraft. Personnellement, j'ai plus qu'accroché. Pourquoi donc n'ai-je pas lu ce livre plus tôt ? Grand Lovecraft, Grands Anciens, pardonnez moi cet oubli, je vous ferai une offrande de biscuits au chocolat pour m'excuser. Ne venez pas trop hanter mes rêves ! Quoi que ...

316 pages, 1919-1933, 10/18

samedi 13 octobre 2012

L'écume des jours - Boris Vian

L'écume des jours - Boris Vian

Voilà un livre très, très connu, un "succès permanent en librairie", comme dit en préface (ou ailleurs, je ne sais plus). Hop, je plonge dans ces lignes pleines de poésie et de surréalisme ...

Et bien whaou, c'est bizarre tout ça. Très bizarre. Il m'a bien fallu quelques dizaines de pages pour n’imprégner de l'univers de L'écume des jours, pour en intégrer la logique ... ou l'absence de logique. La semi-logique, plutôt. Surréalisme est bien le mot qui convient ... surréalisme, surréalisme et encore surréalisme. Tiens, chose que ne fais jamais, je vais mettre un petit extrait, cela m'évitera de tenter et d'échouer à décrire plus en détail ce style. Voici l'incipit du texte :

"Colin terminait sa toilette. Il s'était enveloppé, au sortir du bain, d'une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient. Il prit à l'étagère de verre, le vaporisateur et pulvérisa l'huile fluide et odorante sur ses cheveux clairs. Son peigne d'ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l'aide d'une fourchette dans de la confiture d'abricots. Colin reposa le peigne et, s'armant du coupe-ongles, tailla en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard. Il devait recommencer souvent, car elles repoussaient vite."

Cette écriture, qui m'a d'abord fortement rebuté, m'a ensuite rapidement séduite, le temps que je mette ma raison de coté. Pour ce qui est de l'histoire, nous suivons six jeunes personnages, trois hommes et trois femmes. Bien sur, l'amour sera au centre de leurs relations mutuelles. Et si l'écriture de Boris Vian semble aussi légère qu'une bulle de savon, son univers est loin d’être tout rose. Ici, les héros meurent, et tuent, même. D'ailleurs, dans l’Écume des jours, les personnages secondaires tombent comme des mouches. Il doit y avoir des dizaines de décès violents (et absurdes) tout au long des pages, mais cela semble n’émouvoir personne, cela fait partie de la vie quotidienne. L'univers est ainsi bien plus sombre qu'il n'y parait au premier abord, et c'est bien pour cela que mon intérêt n'a fait que croitre au fil du récit. De même, un autre thème important de l'histoire, c'est le travail. Quand les personnages ont de l'argent, tout va bien, mais l'argent n'est pas illimité ... et les personnages vont devoir travailler pour essayer de contrer le pourrissement de leur environnement du à la pauvreté. Et le travail, ils n'aiment pas ça. C'est bien normal, vu l'absurdité des métiers inventés par Boris Vian. Bref, j'ai aimé la façon dont est traité ce sujet (enfin, c'était prêcher un converti). Ah, et je ne pouvais pas oublier de parler de la petite souris grise à moustaches noires ... trop mignonne !

Finalement, malgré un début difficile (où est donc passée ma raison chérie ?!), l’Écume des jours fut une très bonne lecture. Un objet lisible non identifié, au style unique et à l'univers plus riche et sombre que ce qu'on pourrait croire au début.

335 pages, 1946, Livre de poche

mercredi 10 octobre 2012

Galerie photo d'écrivains

Hop, une petite galerie pour mettre un visage sur quelques noms plus ou moins célèbres. Je n'ai pas sélectionné les auteurs au hasard, j'ai pris ceux parmi mes favoris qui ont ... comment dire ... "une tête". Et en noir et blanc, parce que c'est plus cool.

H.P. LovecraftH.P. Lovecraft
On commence avec quelqu'un qui devait obligatoirement se retrouver ici : H.P. Lovecraft. Le mythe de Cthulhu, Les montagnes hallucinées, Dagon,  tout ça tout ça ...

George OrwellGeorge Orwell
George Orwell ! 1984 et La ferme des animaux, bien sur, mais aussi l'excellent Dans la dèche à Paris et à Londres, et Hommage à la Catalogne, qui fait partie de mon immense liste de livres à lire.

Aldous HuxleyAldous Huxley
Aldous Huxley, célèbre auteur de Le meilleur des mondes, mais aussi d'autres romans, dont Ile, écrit l'année précédant sa mort, une utopie très intéressante, et La paix des profondeurs, qui est sur ma pile à lire.

J.R.R. TolkienJ.R.R. Tolkien
J.R.R. Tolkien ! Je ne pense pas qu'une présentation soit nécessaire.

Edgar Allan Poe, connu pour ses nombreuses Histoires Extraordinaires traduites par Beaudelaire. Il a aussi écrit notament Les Aventures d'Arthur Gordon Pym, un sympathique roman d'aventures.

Fédor Dostoïevski
Fédor Dostoïevski ! Le joueur, Les démons, Le sous-sol, et tout un tas d'autres chefs d’œuvre qui n'attendent que moi. Et une super barbe.

Milan Kundera. L'immortalité, L'insoutenable légèreté de l’être, et plein d'autres livres avec de jolis noms que je suis impatient de découvrir.

H.G. Wells
H.G. Wells. La guerre des mondes, L'ile du docteur Moreau, mais surtout le chef d’œuvre qu'est La machine à explorer le temps.

Oscar Wilde
Je n'ai lu d'Oscar Wilde que Le portrait de Dorian Gray, mais c'était une lecture choc, de celles qui marquent. Et puis j'ai cette photo en poster dans mon appart.

William Gibson
William Gibson ne fait pas partie de mes auteurs favoris, je n'ai lu de lui que Neuromancien, qui m'a déçu, mais j'aime bien son visage, donc je le met ici.

Robert Silverberg
On termine avec Robert Silverberg. Tout un tas de romans courts et intéressants parmi lesquels je retiendrai Le fils de l'homme, que je n'ai pas spécialement aimé mais qui est tellement bizarre et psychédélique qu'il mérite d’être lu, et l’excellente dystopie qu'est Les monades urbaines. Mais bon, je l'avoue, la photo, c'est surtout pour cet incroyable haussement de sourcil.

samedi 6 octobre 2012

La Peau de Chagrin - Balzac

La Peau de Chagrin - Balzac
Mon second contact avec Balzac m'a plus convaincu que le premier : si Le lys dans la vallée m'avait plu, sans plus, La Peau de Chagrin est bien plus enthousiasmant.

Le roman est divisé en trois parties bien différentes. Ou, plutôt, deux parties entrecoupées d'un long flashback. Dans la première, Le Talisman, le lecteur découvre Raphaël, le personnage principal de l'histoire. Ce jeune homme est bien malheureux, et même sur le point de se suicider. Mais bien sur, un événement va l'en empêcher, sans quoi le roman aurait été bien court ... Cet événement, c'est la découverte du talisman en question, la fameuse peau de chagrin. Cette relique, une fois attachée comme une sangsue à sa victime, a le pouvoir d’exaucer tous ses désirs. Malheureusement, il s'agit bien de tous les désirs, mêmes ceux exprimés légèrement au fil de la conversation. Et chaque miracle accomplit cause une réduction de la taille de la peau de chagrin et entraine son possesseur vers une mort certaine ... Raphaël s'en rendra progressivement compte dès que son premier souhait, celui d'une fête grandiose, s'accomplira. Lors de cette soirée, il racontera à un ami les raisons de son désir de mort dans d'un long monologue qui fera office de seconde partie : La femme sans cœur. Je ne vais pas faire de résumé, le titre est assez évocateur. C'est dans la troisième partie, L'agonie, que Raphaël trouvera véritablement l'amour. Malheureusement, sa vie lui échappe rapidement ...

Si La Peau de Chagrin m'a plus charmé que ma précédente lecture de Balzac, c'est certainement dû au fait qu'ici le récit ne se résume pas à une histoire d'amour pleine de bons sentiments. Certes, on a bien droit à quelques descriptions amoureuses grandiloquentes, mais heureusement pas autant que dans Le lys dans la vallée. D'ailleurs, les descriptions en tous genres sont souvent un peu trop longues, mais rien qui n'entache le plaisir de lecture. Quand au reste, c'est du tout bon. Vision lucide de la bonne société de l'époque, personnalité du héros, qui, cherchant quelle place accorder à ses désirs, oscille entre idéalisme artistique et dépravation, représentation balzacienne du pacte avec le diable ... Il est difficile de na pas faire un rapprochement avec le génial Le portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, mais contrairement à son homologue Dorian, Raphaël ne sombrera pas dans le vice, et restera un homme bon (moi je trouve que c'est moins marrant quand même).

En somme, La peau de chagrin offre un très bon moment de lecture à travers le personnage de Raphaël, voulant mourir quand la vie s'offre à lui et vivre quand la mort l'emporte. L'aspect fantastique du récit, même s'il ne constitue pas véritablement son centre, m'a beaucoup séduit.

375 pages, 1831, Folio

mercredi 3 octobre 2012

Dragons - Marie Desplechin

dragons marie desplechin

Dragons est un bouquin assez étrange. Entre univers imaginaires et monde réel, à la croisée des genres, il nous conte des bouts de vie de quelques personnages.

Dragons commence comme une histoire de fantasy. Sur une ile bretonne, un dragon est vaincu par un guerrier chrétien. Il est cependant précisé que le dragon sommeille toujours ... Le ton est très ironique, surtout vis à vis de la religion. Mais ce n'est là que l'introduction : on passe ensuite, et définitivement, à l'époque moderne. Le lecteur va pouvoir suivre plus d'une demi douzaine de personnages, d'abord lors d'un week-end sur l'ile en question, puis dans un cadre urbain plus classique. On pourrait croire que le séjour sur l'ile sera l'occasion d'une rencontre avec le dragon, mais non, on devra se contenter de quelques allusions. D'ailleurs, tout le récit est parsemé de petites références à ces créatures. Quand aux personnages, ils sont assez spéciaux, voir proches de la folie. Entre Pascale, qui est sujette à des visions prémonitoires, Damien, qui a des besoins sexuels intarissables, George, qui chaque nuit subit des cauchemars, et quelques autres, on a notre compte de bizarreries.

Tiens, un autre personnage encore plus étrange : Emmanuel. Lui, il est mort. C'est un fantôme. On le voit, Dragons lorgne aussi du coté du fantastique. Mais malheureusement, on se demande un peu pourquoi. Emmanuel, par exemple, à part le fait qu'il soit mort, est un personnage comme les autres. A un moment du récit, il disparait. On ne sait pas trop pourquoi, ni au final ce qu'il venait faire là. C'est d'ailleurs un peu tout le problème du récit ... Du fantastique, on en a aussi d'une autre façon : on est souvent perdu, tout comme les personnages, entre rêve et réalité. La réalité devient floue. Certes, pourquoi pas ... mais encore une fois : où est-ce que cela nous mène ? Franchement, je n'ai pas compris. Il y a bien une petite tentative d'explication à base d'univers parallèles qui sonne comme une goutte de SF dans le récit, mais on se demande encore fois : pourquoi ? De plus, si les interactions entre les personnages, leurs personnalités et leurs réflexions sont parfois intéressantes, l'ensemble n'est pas très convainquant.

Bref, peut être que le fait d’être familier des littératures de l’imaginaire m'a rendu trop exigeant sur le sujet ... mais j'en doute. Même s'il se laisse lire, Dragons s’emmêle dans toutes ses influences et n'arrive pas à proposer un tout cohérent et digne d’intérêt.

228 pages, 2003, Points 

mercredi 26 septembre 2012

Le Sous-Sol - Dostoïevski

Le Sous-Sol - Dostoïevski

Diantre, voilà encore un bouquin de Dostoïevski qui me semble bien compliqué à évoquer. Ce petit livre contient deux courts romans : Les nuits blanches, dont j'ai déjà parlé par là, et Le sous-sol, qui nous intéressera ici. Il est intéressant de noter que ce roman a été écrit par Dostoïevski entre deux périodes différentes de son œuvre, c'est à dire juste avant Crime et Châtiment et ses autres œuvres majeures.

Cette histoire est divisée en deux parties. Dans la première, le narrateur nous parle de lui, de lui, et encore de lui. Dans la seconde, il nous raconte une partie de sa vie qui sert d'une certaine façon d'illustration à ses propos précédents. Ce narrateur n'est évidement pas un personnage banal. En plus d’être profondément déprimé, il a quelques problèmes mentaux, mais c'est bien là qu'est l’intérêt, d'autant plus que cela ne l’empêche pas d’être intelligent. Il évoque différents problèmes majeurs de son existence, et de l'existence en général : la conscience, le désir, et ce petit truc qui fait que l'homme choisit parfois ce qui est mauvais pour lui, et en tire même du plaisir. En écrivant ce petit article, j'avais commencé à vouloir expliquer plus en détail la personnalité du narrateur et les concepts qu'il développe. Mais je n'y arrivais pas, je m’emmêlais, je n'étais pas clair : le texte de Dostoïevski est d'une telle richesse que je me sens incapable d'en faire un résumé qui sonne juste.

Le narrateur m'a dans un certain sens rappelé le personnage de la nouvelle Le démon de la perversité de Poe, qui, pris par une pulsion incontrôlable, avoue de lui même son crime à la police. D'une façon bien plus riche, Dostoïevski se livre dans Le Sous-Sol à une exploration de la folie humaine. Mais est-ce vraiment de la folie ? N'est-ce pas tout simplement ce petit sous-sol présent dans l'esprit de chacun d'entre nous ? Je ne suis peut être pas objectif parce que j'adore ce genre de thème, mais Dostoïevski est vraiment génial. Le Sous-Sol est un récit sombre, très sombre, et aussi riche que passionnant. J'adore.

1864, 200 pages, Folio

samedi 22 septembre 2012

L’œil du purgatoire - Jacques Spitz

L’œil du purgatoire - Jacques Spitz

Jacques Spitz (1896-1963) est un auteur français qui s'est beaucoup consacré à la science fiction et au fantastique. Appartenant à cette dernière catégorie, L’œil du purgatoire a été écrit en 1945 et n'a pourtant absolument pas vieillit.

Le narrateur, Poldonski, est un peintre raté, misanthrope et suicidaire. Le début du roman nous fait suivre sa vie et ses pensées, ses ambitions d'artiste et son dégout du monde social. Rapidement, Poldonski fera la rencontre d'un étrange vieillard, génie autoproclamé, qui lui inoculera dans les yeux des bactéries de sa composition. Celles ci ont la propriété d’être temporellement en avance sur les humains, et cette avance croit de façon exponentielle. Ainsi, Poldonski se met à voir les choses telles quelles seront dans le futur ... Pour mieux comprendre, quelques exemples : une fleur lui apparaitra fanée, un steak, déjà digéré. Et comme son mal va en s'aggravant, il verra bientôt les hommes sous forme de cadavres ambulants ...

Ce concept incroyable est au cœur du roman, et tout s'articule autour de cette perturbation dans la vie du narrateur. C'est parfois très drôle, au début notamment, quand Poldonski est décalé de ses contemporains : cela crée quelques beaux quiproquos. Puis tout oscille entre drame et humour noir, entre regret de la beauté envolée du monde et visions étonnantes de squelettes se baladant comme si de rien n'était. Le livre regorge de passages décrivant des scènes impossibles, où le narrateur est perdu dans un monde qui meurt en accéléré autour de lui, et la plume de Jacques Spitz sait donner consistance à cet univers de poussière déconcertant.

L’œil du purgatoire est un court et beau roman fantastique qui fait naitre chez le lecteur des images glauques et fascinantes, probablement jamais vues ailleurs. Bref, un concept surprenant et une excellente plume pour le mettre en scène : à lire, surtout pour les amateurs du genre.

197 pages, 1945, Arbre Vengeur

vendredi 21 septembre 2012

La Croisade de l'Idiot - Clifford D. Simak

La Croisade de l'Idiot - Clifford D. Simak

Bwa, voilà une couverture particulièrement repoussante. Ces couleurs, vraiment ... mais, que vois-je ? C'est un recueil de nouvelles de Clifford D. Simak ?! Chouette ! Le quatrième de couv' me met l'eau à la bouche, et hop, je sors quelques pièces pour repartir avec le bouquin qui, je n'en doute pas, possède une beauté intérieure apte à me faire oublier son apparence douteuse.

  • La première nouvelle est celle qui donne son titre au recueil : La croisade de l'idiot. Le narrateur est donc, comme on pouvait s'en douter, un idiot. Ou du moins, il est considéré comme tel par les gens de son village. Mais voilà qu'il lui arrive une chose assez incroyable ... D'un coup, il se met à posséder le don d'omniscience, et encore mieux, il peut plier le monde et les esprit à sa volonté. Par exemple, voir les poissons au fond d'une mare et leur donner faim pour les pousser à mordre à l’hameçon. Ou encore rendre heureux les gens tristes, ou tuer instantanément ceux qu'il n'aime pas ... Alors, quel usage fera-t-il de ces capacités ? Le titre du récit devrait vous donner un indice. Détail très amusant, on suit en parallèle les réflexions et les interrogations de l'organisme extraterrestre qui parasite l'idiot, lui donnant ces étonnantes capacités. Une nouvelle excellente, à la fois simple, touchante et drôle : tout ce que j’espérai trouver dans ce  recueil.
  • Dans Le zèbre poussiéreux, l'histoire s'articule également autour d'un fait étrange qui vient perturber le quotidien et offrir de nouvelles possibilités inattendues. Le narrateur découvre un beau jour un minuscule machin incrusté dans son bureau. Par hasard puis après quelques expérimentations, il se rend compte que le machin en question est une liaison avec un autre monde : un objet posé dessus disparaitra, et d'autres objets apparaitront, sans doute envoyés par "quelqu'un" habitant très loin ... Le narrateur et son associé essaieront de trouver des utilités commerciale à ces objets extraterrestres, et finalement, ils vont faire durablement du troc avec leur interlocuteur mystérieux. Mais il est très risqué de faire joujou avec des objets dont on ne comprend rien ... Encore une très bonne nouvelle, ayant les mêmes qualités que la précédente.
  • On continue avec Honorable adversaire. La nouvelle étant courte, je n'en dirait pas grand chose, sinon qu'elle est très bonne, et que la guerre pourrait être un intéressant jeu de stratégie si elle n'avait pas le très gros défaut d’être meurtrière. 
  • Lulu, c'est un peu comme 2001, mais avec un Hal romantique et niais. Lulu est l'IA du vaisseau explorateur transportant trois passagers humains. Un beau jour, Lulu leur annonce qu'elle (ou il) est amoureuse d'eux. Et qu'elle les enlève pour passer l'éternité seule avec eux. Bref, voilà les voyageurs dans de beaux draps. Ils vont tout faire pour briser l'amour que Lulu leur porte ... mais est-ce vraiment une bonne idée ? Au risque de me répéter, sachez qu'il s'agit là aussi d'une très bonne nouvelle. 
  • Dans La grande cour du devant,  un réparateur et marchant d'antiquités va en effet se retrouver avec une cour d'une taille impressionnante. Il commence par remarquer dans sa cave la présence d'un plafond apparu tout seul du jour en lendemain. Puis les objets cassés sont mystérieusement réparés pendant son absence. Il semble probable que notre ami l'amateur d’antiquités ait quelques colocataires non désirés ... Et un beau jour, sa maison se retrouve transformée en .... ben je vais pas vous le dire. Encore une fois la réponse est plus ou moins dans le tire. N'y aurait-il donc aucun mauvais texte dans ce recueil ? 
  • Copie carbone met en scène un agent immobilier se retrouvant impliqué dans une affaire des plus étranges. Ce qui ressemble à une combine louche pour louer plusieurs fois les mêmes maisons pourrait se révéler être une action incompréhensible effectuée pas des êtres venus d'ailleurs ... L'histoire se termine par une mauvaise farce, comme le craignait le personnage principal dès les premières lignes. 
  • On termine avec Le père fondateur. Un autre nouvelle très courte, qui aborde deux thèmes classiques de la SF : l'effacement de la frontière entre rêve et réalité et la colonisation spatiale.

Je ne peux faire qu'un seul reproche à Simak : son traitement des personnages féminins. C'est bien simple, les femmes sont toujours d'avides et insupportables tyrans domestiques. Ça doit être à cause de l'époque (ou de sa femme). Mais à part ça, c'est vraiment du tout bon, aucun texte n'est décevant. Simak a une écriture simple et touchante, et ses histoires sont humaines et drôles tout en explorant des idées intéressantes.  Ah, et du même auteur je vous conseille grandement Demain les chiens, un roman/recueil qui raconte poétiquement la fin de l'humanité, et Au carrefour des étoiles, un récit pacifiste et humaniste mais pas simpliste. 

254 pages, 1960, Denoël
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