jeudi 17 mai 2018

Crash ! - J.G. Ballard (La trilogie de béton)


Crash ! -  J.G. Ballard (La trilogie de béton)

Je continue d'essayer avec Ballard, mais ça ne passe toujours pas. Dans Crash, le narrateur et son entourage développent, comme le dit la quatrième de couverture, une « obsession sexuelle pour la tôle froissée ». En gros, c'est un peu un roman pornographique avec pour thème spécialisé les accidents de voitures. On passe de scène d'accident en scène de sexe (en voiture, bien sur), puis de scène de sexe (en voiture) à scène de contemplation des angles de carcasses d'automobiles explosées. Quand il ne baise pas, le narrateur fantasme. Partout des phallus, des vagins, des anus, du sperme. C'est terriblement lassant. Pourtant, c'est plutôt bien écrit. Ballard arrive même à construire un univers extrêmement déshumanisé, fait de béton, d'autoroutes et d'aéroports, peuplé essentiellement de prostituées et de névrosés, qui fait froid dans le dos. Il y a sans doute un message très profond sur la société moderne et son culte matérialiste de la machine, mais il bien caché sous les interminables délires sexuels des personnages qui ne comblent pas le vide du squelette d'histoire. D'une rare répétitivité et parfaitement assommant.

273, 1973, folio

mercredi 16 mai 2018

Les révoltés - Sándor Márai

Sándor Márai - Les révoltés


Dans la Hongrie de 1918, une bande de jeunes hommes s’apprêtent à passer dans le monde des adultes. Il n'en ont pas très envie, et se révoltent à leur échelle, en volant l'argent de leurs parents, en leur subtilisant divers objets et en se liant d'amitié avec un acteur libertin. Les révoltés est un roman sur l'adolescence, sur laquelle plane l'ombre de la grande guerre, au loin. Sándor Márai a une plume habile, et c'est sans trop de peine qu'il parvient à emporter le lecteur sur les pas de ses jeunes personnages. Il ne se passe rien d'extraordinaire, c'est au fond la vie quotidienne de jeunes bacheliers qui jouent aux adultes pour se préparer à en devenir. Certaines scènes sortent du lot, notamment celles où ils imaginent des tours à jouer à leurs profs, en se transformant soudainement en élèves timides et respectueux. J'imagine que beaucoup d'enseignants modernes aimeraient qu'on leur fasse quotidiennement ce genre de blagues. Dommage que le dénouement soit décevant : paf, un suicide sorti de nulle part, et ça se termine abruptement.

255 pages, 1930, le livre de poche

dimanche 6 mai 2018

Tao Te King - Lao Tseu


Tao Te King - Lao Tseu

Petite découverte d'un fragment de philosophie chinoise. Il y a 2500 ans, Lao Tseu, fatigué de la vie à la cour impériale, aurait décidé de s'exiler, laissant derrière lui ce petit livre à la demande d'un garde de la grande muraille. On apprend dans le commentaire que « le caractère Tao est composé du radical marche, uni au radical tête ou principe, point de départ d'un système, pensée directrice d'un mouvement. Il signifie au sens propre : une chemin, une voie. » Et mieux vaut ne pas s’attendre trop vite à percer les secrets du Tao tant les aphorismes de Lao Tseu sont elliptiques, voire contradictoires. D'autant plus que le tout est très mystique. Le préfacier, d'ailleurs, ne compare pas le texte à d'autres ouvrages de philosophie mais à des textes religieux. C'est un point de vu personnel, mais assez révélateur. D'ailleurs, fait marquant, Lao Tseu évoque à un moment ce qui ressemble fort au monothéisme occidental : « Il est un être indéterminé dans sa perfection, qui était avant le ciel et la terre, impassible, immatériel ! Il subsiste, unique, immuable, omniprésent, impérissable. On peut le considérer comme étant la Mère de l'Univers. Ne connaissant pas son nom, je le désigne par le mot Tao. » (25) J'ai l'impression qu'on peut aisément se laisser aller à coller ses propres croyances préexistantes à ce genre de texte. Le préfacier renchérit : « [Le Tao est] un vivant témoignage de la Connaissance qui jaillit dans le cœur de l'homme, dès qu'il s'affranchit des illusions sensorielles ou mentales, et ramène tout à la Source permanente de son être et de tous les êtres. » Ce type de jargon mystique m'est assez désagréable. Et en effet il y a dans le Tao Te King une permanente apologie du renoncement et de l’inaction, souvent bien supérieure à ce qu'on trouve dans la philosophie occidentale. Par exemple :
La suprême Vertu est comme l'eau. L'eau et la vertu son bienfaisantes pour les dix milles êtres et ne luttent pas. Elles occupent les places que tous les hommes détestent. C'est pourquoi elles sont comparables au Tao. (8)
Le savoir n'est qu'ornement du Tao et commencement de l'erreur. C'est pourquoi le Sage s'attache au réel et rejette les apparences ; il s’intéresse au fruit plutôt qu'à la fleur. (38)
Sans franchir sa porte, on connaît l'univers ; sans regarder par sa fenêtre, on voit le Tao du Ciel.
Plus on sort et s'éloigne de soi, moins on acquiert la connaissance de soi.
C'est pourquoi le Saint-homme arrive sans se mouvoir, nomme sans regarder, et accomplit sans agir. (47)
En s'adonnant à l'étude, on augmente chaque jour ; en se consacrant au Tao, on se diminue chaque jour ; on ne cesse de diminuer, jusqu'à ce qu'on atteigne le Non-agir. Par le Non-agir, il n'est rien que l'on ne puisse faire, certes ! (48)
Il n'est rien au monde de plus inconsistant et de plus faible que l'eau ; cependant, elle corrode ce qui est dure et fort : rien ne peut lui résister ni la remplacer.
La faiblesse a raison de la force ; la souplesse, de la dureté. Tout le monde le sait, mais personne n'y conforme sa conduite. (78)
L'analogie de l'eau est plaisante, certes. Mais cet encouragement à la passivité absolue est en soi contradictoire : n'a-t-on pas besoin d'étudier et travailler pour parcourir le Tao ? Peut-être pas si l'on considère le Tao comme révélation, mais encore une fois, on a rarement de révélation sur ce qu'on ne connait pas. Ainsi si le non-savoir est l'objectif final du sage, comme diraient les occidentaux, il ne peut suffire pour le chemin. Je préfère ne pas voir la philosophie morale comme comme une négation des énergies vitales, mais comme la science qui cherche et enseigne comment gérer et utiliser ces énergies. Mais les termes utilisés ici sont, il me semble, trop vastes pour permettre une interprétation précise.

Le philosophe prodigue néanmoins des conseils pratiques pour guider le lecteur sur le chemin de la vertu et de la modération qui rappellent les philosophes antiques de l'occident :
Celui qui connait les hommes est averti ; celui qui se connait lui-même est réellement éclairé.
Celui qui vainc les hommes est fort, celui qui se vainc lui-même est réellement puissant.
Celui qui sait se suffire est riche.
Celui qui suit sa voie a de la volonté.
Celui qui reste à sa place dure longtemps.
Celui qui meut sans cesser d'être a acquis l'immortalité. (33)
Quand le monde a le Tao, on renvoie les chevaux aux champs. Quand le monde n'a plus le Tao, les chevaux de combat se multiplient dans les faubourgs.
Il n'est pas de plus grande erreur que de vouloir satisfaire ses désirs ; il n'est pas de plus grande misère que de ne pas savoir se suffire. Il n'est pas de pire calamité que le désir de posséder.
C'est pourquoi celui qui sait se contenter de peu est toujours satisfait. (46)
Le peuple envisage la mort avec légèreté, parce qu'il peine trop pour vivre ; voilà pourquoi il attache peu d'importance à la mort. Car seul celui qui n'est exclusivement accaparé par la lutte pour l'existence peut sagement apprécier la vie. (75)
Et un passage dont j'ai envie de faire une interprétation environnementaliste :
Celui qui est vertueux atteint son but sans se permettre de rien prendre par la force. Il réussit sans faire souffrir, sous détruire, sans s'enorgueillir, sans exploiter son succès, puis s'arrête. Il a vaincu sans violence.
Quand les êtres usent de la force, ils vieillissent, car cela est opposé au Tao, et ce qui est opposé au Tao périt prématurément. (30)
Ce qui me frappe, c'est la notion de limite. Au-delà d'un certain point, le sage « s'arrête. » Notion ntemporelle.

En bref, dans le Tao Te King, beaucoup de mysticisme, mais aussi beaucoup d'idées familières écrites avec minimalisme et beauté. Pas besoin d'énormes pavés pour susciter plaisir et réflexion. Et je conclus en laissant la parole au commentateur qui, même s'il fait un peu trop d'ésotérisme, sait rédiger de belles phrases.
Le moi est, en tout homme, un vouloir tentaculaire. Il tend à s'accroitre sans cesse au détriment des autres êtres et à s'opposer en même temps à toute tentative susceptible de diminuer ce qu'il considère comme sa propriété. Il finit même par se convaincre qu'un perpétuel accroissement est, pour lui, une question de vie ou de mort. (p.142)
[Le Tao] exige un renversement de notre état actuel, un dépouillement de ce « moi » qui obstrue la source créatrice cachée au dedans de nous. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il n'y a pas de méthode fixe pour amorcer cette transformation, dont le besoin se fait sentir dès que l'homme, sursaturé de notions intellectuelles ou de sensations, éprouve la nostalgie de la Réalité éternelle. (p.162)

vendredi 4 mai 2018

L'événement anthropocène - Christophe Bonneuil & Jean-Baptiste Fressoz


L'événement anthropocène - Christophe Bonneuil & Jean-Baptiste Fressoz

L'anthropocène : une nouvelle époque géologique causée par l'influence colossale de l'homme sur son environnement. Les auteurs ne manquent pas de rappeler les faits quelque peu attristants qui sont à l'origine de ce changement géologique, mais leur approche me semble surtout historique. Ils prennent le temps de revenir en arrière, ils défendent la thèse que l'homme a toujours été conscient de ce qu'il faisait et que la destruction de l’environnement aurait été faite les yeux grands ouverts. Ils rappellent également l'importance des guerre dans les bouleversements environnementaux ainsi que celle des diverses variantes de l'idéologie consumériste.

Une petite clarification à propos de la vision du changement climatique que l'on retrouve régulièrement dans les médias : « Le mot « crise » entretient un optimisme trompeur : il donne à croire que nous serions simplement confrontés à un tournant périlleux de la modernité, à une épreuve brève dont l'issue serait imminente. Le terme de crise désigne un état transitoire, or l'anthropocène est un point de non-retour. Il désigne un dérèglement écologique global, une bifurcation géologique sans retour prévisible à la « normale » de l'holocène. » (p.39) Et, pour continuer à enfoncer le clou, un rappel des futures crises environnementales : « L'anthropocène s'annonce violent. Il pourrait s’avérer plus conflictuel, plus insidieusement barbare que ne le furent les guerres mondiales et les totalitarismes du XXe siècle. » (p.43)

Ici, une idée qui me plait. On pourrait penser que le chemin que l'homme parcourt vers la compréhension de monde qui l'habite le rendrait plus prudent, mais les auteurs ne sont pas de cet avis : « L'image de la Terre vue de l'espace véhicule une interprétation radicalement simplificatrice du monde. Elle procure un sentiment de vision d'ensemble, globale, dominatrice et extérieure, plutôt qu'un sentiment d'appartenance humble. Elle couronne ce que Philippe Descola a nommé le « Naturalisme », né en Occident, par lequel nous concevons les autres êtres de la Terre comme partageant la même « physicalité » que nous humains, mais comme étant d'une intériorité radicalement différente de la notre, nous positionnant ainsi en surplomb par rapport à la nature, dans l'extériorité stratégique de celui qui gère et pilote le système Terre auquel il appartient. » (p.79)

Un petit passage sur Cuba qui vient en appuyer un autre de Prospérité sans croissance de Tim Jackson. Cuba, après 1992, après la chute de l'URSS, se retrouve privé du pétrole soviétique et sous embargo américain : « Pour économiser l'énergie, les horaires de travail dans l'industrie furent réduits, la consommation domestique d’électricité rationnée, l'usage de la bicyclette et de covoiturage se sont généralisés, le système universitaire a été décentralisé, le solaire et le biogaz ont été développés (fournissant 10% de l'électricité). Dans le domaine agricole, le renchérissement des pesticides et des engrais chimiques, très énergivores, a conduit les Cubains à innover : contrôle écologique des nuisibles par des insectes prédateurs, fertilisants organiques (utilisation de vers de terre par exemple), périurbanisation de l'agriculture permettant de recycler les déchets organiques ; enfin, la nourriture a été sévèrement rationnée. Le corps des Cubains fut profondément modifié par la période spéciale : en 1993, au plus fort de la crise, la ration journalière descendit à 1900 kilocalories. Les cubains perdirent 5kg en moyenne, entraînant d'ailleurs une réduction de 30% des maladies cardiovasculaires. » (p.120) Comme quoi un ralentissement du monde, même dans des conditions critiques, est loin d'avoir uniquement des effets négatifs. Et maintenant, les Cubains ont une espérance de vie supérieure à celle des Américains.

Et pour conclure, quelques mots venus d'un journal de publicitaires des années 1920 qui viennent nous rappeler une réalité tellement intégrée à notre mode de vie quotidien que l'on en vient à l'oublier : La publicité doit « rendre les masse insatisfaites de leurs modes de vie, mécontentes de la laideur des choses qui les entoure. Des consommateurs satisfaits ne sont pas profitables. » (p.183)

272 pages, 2013, seuil

lundi 23 avril 2018

L'ordre étrange des choses - Antonio Damasio


antonio damasio l'ordre étrange des choses

J'ai laissé tomber ce bouquin à mi-chemin, et d'habitude je ne prends pas la peine d'écrire sur les livres que je ne termine pas, mais j'ai quand même envie de prendre quelques notes sur celui-ci. En gros, Antonio Damasio défend la thèse selon laquelle les sentiments ont joué un rôle capital non seulement dans l'évolution des humains, mais dans l’évolution de la vie en général.

Le concept central de L'ordre étrange des choses est l'homéostasie : la force qui pousse la vie à se maintenir, à continuer d'exister, à se réguler de façon optimale. Dès le début, on est confronté à une définition des émotions et des sentiments qui diffère grandement de leur sens commun. Les émotions sont « la série des changements qui se produisent dans le corps et le cerveau » et les sentiments sont « la perception de ces changements. » Une fois ces définitions comprises, on voit en quoi les émotions participent à l'homéostasie : elles donnent au corps des informations indispensable sur son état interne et les menaces externes. Les émotions et sentiments négatifs indiquent des menaces pour l'homéostasie, alors que les émotions et sentiments positifs, globalement, sont le signe d'une homéostasie qui se porte bien.

L'auteur combat la vieille idée d'un esprit séparé du corps :
Les sentiments ne sont pas élaborés par le cerveau en toute indépendance. Ils sont le fruit d'un partenariat, d'une coopération entre le corps et le cerveau qui interagissent via des voies nerveuses et des molécules circulant librement. Cet arrangement particulier (et peu exploré) est agencé de telle manière que les sentiments viennent systématiquement perturber ce qui aurait pu être un flux mental complètement indifférent. Les sentiments naissent quand la vie est sur la corde raide : l'épanouissement d'un côté, de l'autre, la mort. Ils sont donc des secousses mentales, perturbantes ou merveilleuses, douces ou intenses. Ils peuvent nous stimuler subtilement, en nous permettant d'intellectualiser la chose ; ou alors de manière intense et manifeste, en attirant avec fermeté notre attention. [...] Telle est mon idée simple : les sentiments de douleur et de plaisir, depuis le bien-être (et ses différents degrés) jusqu'au malaise et à la maladie, ont peut-être été les éléments déclencheurs des processus de questionnement, de compréhension et de résolution des problèmes - caractéristique distinguant le plus nettement l'esprit humain de celui des autres espèces. (p.23)

Lors de l'évolution de la vie, un grand pas a été franchi quand les organismes sont passés de la simple capacité à détecter ce qui les entourait à celle se le représenter, c'est à dire qu'ils on pu produire ce que l'auteur appelle « une représentation privée de l'univers entourant leur système nerveux. » (p.112) C'est ce qui pave la voie aux sentiments, qui sont provoqués par trois causes.

Sentiments spontanés :
  • « L'écoulement de fond des processus vitaux dans nos organismes, qui sont vécus comme des sentiments spontanés ou homéostatiques. » Ces sentiments sont « la toile de fond naturelle de notre vie mentale. » Le « ronronnement » de l'organisme. « Les sentiments homéostatiques nous connectent directement aux rouages du monde intérieur. »
Sentiments provoqués :
  • « Les réponses émotionnelles déclenchées par le traitement d'une myriade de stimuli sensoriels, tels que les goûts, les odeurs, les stimuli tactiles, auditifs et visuels. »
  • « Les réponses émotionnelles résultant de l'assouvissement d'un besoin (faim, soif), d'une motivation (désir sexuel, jeu) ou d'une émotion, au sens plus conventionnel du terme, c'est à dire un programme d'action activé par une confrontation avec un grand nombre de situations parfois complexes (exemples d'émotions : joie, tristesse, peur, colère, envie, jalousie, mépris, compassion et admiration). » (p.113-114 et 154)

346 pages, 2017, odile jacob

jeudi 19 avril 2018

La Consolation de Philosophie - Boèce



Vers 524 environ, Boèce, homme de lettres et de pouvoir, attend dans sa cellule son injuste condamnation à mort. C'est dans ces conditions qu'il écrit la Consolation de Philosophie. La Philosophie incarnée vient le voir dans sa cellule et entreprend de lui remonter le moral. Elle commence par lui faire remettre sa situation en perspective, dans un exercice de relativisation qui rappelle clairement les philosophies antiques, avant de petit à petit se tourner plus vers une théologie assez ennuyeuse pour le lecteur que je suis. Elle aborde le problème du mal (pourquoi le mal existe-t-il si l'univers est dirigé par une divinité bénévolente ?) et celui du libre arbitre (comment le libre arbitre peut-t-il exister en même temps qu'une divinité omnisciente est maitresse du destin ?), mais, surprise, sans guère apporter de réponse satisfaisante. Ainsi, la bonté serait sa propre récompense et la méchanceté son propre châtiment, et « ceux qui commettent l'injustice sont plus malheureux que ceux qui la subissent » (p.243). Il me semble que c'est une idée qui perd de sa force dans un univers où se trouve la divinité : en effet, puisque ces solutions proviennent de l'opinion, de la pensée humaine, la divinité n'a pas grand chose à voir là dedans. Ce livre semble occuper une place étrange dans l'histoire de la pensée, à mi-chemin entre la philosophie antique et la théologie chrétienne. Ainsi, selon Boèce, comme « Dieu est le bonheur même », « tout homme heureux est donc un Dieu » (p.181). Ce n'est pas un peu blasphémateur ça ? On croirait lire Épicure.

A noter que je ne conseille pas particulièrement cette édition : les passages en vers sont traduits d'une façon qui, je suppose, privilégie le sens à l'esthétique, et avec en plus une mise en page très mal foutue, ils sont plutôt pénibles à lire. Par exemple, cette traduction est, du moins pour les poèmes, bien plus agréable.

Tu t'es donné à la fortune pour qu'elle te dirige : il faut te conformer au caractère de ta maitresse. Or toi, tu tentes d’arrêter l’élan de la roue qui tourne ? Mais, mortel des plus stupides, si elle en vient à s'arrêter, elle cesse d'être la fortune.